Compte-rendu de la réunion du 19 mars à la Maison de la Culture d'Amiens

Chers amis

Nous voulions tout d’abord vous remercier d’avoir répondu à notre invitation et d’avoir contribué au succès de la réunion qui a eu lieu le 19 mars dernier à la MCA. Comme nous vous l’avons dit de vive voix, DAJA souhaite impulser une démarche collective associant des responsables d’associations socio-culturelles, des artistes, des enseignants et des chercheurs afin de travailler ensemble sur le projet de spectacle « Chocolat clown nègre ».

 

Ce spectacle racontera l’histoire de Raphael jeune esclave cubain devenu le clown le plus populaire de France à la fin du XIXe siècle et mort en 1917 dans la misère, oublié de tous. Ce sujet a été choisi afin de pouvoir évoquer l’histoire de l’esclavage et de l’immigration, de rappeler le rôle que les artistes venus d’ailleurs ont joué dans le développement de la culture française. Sur le plan civique, nous voulons prendre appui sur ce spectacle pour aborder la question des discriminations. La popularité du clown « Chocolat » s’explique en grande partie, en effet, parce qu’il incarnait le stéréotype du nègre primitif et ridicule. Bien que le contexte actuel ne soit plus le même qu’à la Belle Epoque, les stéréotypes sur les « minorités visibles » n’ont pas disparu. Nous souhaitons solliciter les habitants des quartiers populaires d’Amiens qui font quotidiennement l’expérience de ces discriminations car nous sommes convaincus que leur expérience nous permettra d’enrichir l’écriture du spectacle. Inversement, grâce à ces échanges, les artistes et chercheurs participant à ce projet auront la possibilité de transmettre leurs connaissances à un public qui va rarement au théâtre et qui ne fréquente pas les conférences universitaires.

Ce projet expérimental peut servir d’exemple pour tous ceux qui luttent aujourd’hui contre les inégalités culturelles. C’est pourquoi nous envisageons de filmer toutes les étapes de sa construction et de proposer à un sociologue de nous accompagner pas à pas.

Concrètement, nous proposons une démarche en deux temps :

La première étape (mai-juin 2011) concernera l’écriture du spectacle. A partir d’un synopsis écrit par Gérard Noiriel sur l’histoire de « Chocolat », on proposera des ateliers d’écriture ouverts aux membres des associations socio-culturelles, aux comédiens amateurs et aux élèves des établissements d’enseignement secondaire.

La seconde étape (début 2012) se déroulera au moment de la création du spectacle, mais elle doit être préparée dès maintenant. Nous envisageons l’organisation de plusieurs événements culturels ou pédagogiques en rapport avec les thèmes évoqués plus haut ; événements qu’il convient de définir et de préparer ensemble.

 

Cette présentation du projet est suivie d’une riche discussion qui permet de préciser les attentes des différents partenaires et de faire émerger quelques propositions. Plusieurs intervenants souhaitent que des lectures publiques puissent être organisées dans différents lieux de la région amiénoise pour permettre d’engager un débat avec les différentes composantes de la population locale sur ce qu’un participant appelle le « racisme doux » qui sévit parfois en toute bonne conscience.

Plusieurs autres intervenants retiennent surtout du projet la volonté de renforcer les liens entre des milieux qui ne communiquent pratiquement jamais entre eux. L’effort visant à ancrer une démarche à la fois scientifique, artistique et civique dans les quartiers populaires peut permettre à leurs habitants (ou au moins à certains d’entre eux) de s’ouvrir davantage sur le monde extérieur. Le projet impulsé par l’association DAJA va dans le sens des demandes faites par les associations locales pour créer un espace de réflexion permettant de combattre l’atomisation des structures culturelles.

Un autre aspect du projet qui intéresse tout particulièrement les participants est la volonté de sortir de la logique habituelle des établissements culturels qui se tournent vers les associations de quartiers uniquement pour qu’elles les alimentent en spectateurs de « milieu populaire ». Les ateliers d’écriture combinant les dimensions artistiques, historiques et civiques que proposent Marcel Bozonnet et Gérard Noiriel permettront de dépasser cette vision instrumentaliste du public « consommateur » de spectacle. Plusieurs intervenants (animateurs de troupe de théâtre amateur et d’associations socio-culturelles) évoquent quelques pistes pour concrétiser rapidement cette démarche.

La dimension pédagogique du projet intéresse plus particulièrement les représentants de l’IUFM présents à cette rencontre. On évoque la possibilité d’associer le lycée Robert de Lusache (qui a une section cinéma) à la réalisation du film. Des enseignants du collège Edouard Lucas proposent de participer à ce projet, y compris en créant un petit spectacle avec leurs élèves en rapport avec l’histoire de « Chocolat ». Mais il faudra absolument tenir compte des contraintes du calendrier scolaire et prévoir ces projets suffisamment longtemps à l’avance.

Nous prévoyons d'autres rencontres d'ici l'été. Je reprends contact avec vous pour mettre en place un calendrier.

Nous tenons toutefois à préciser que pour pouvoir poursuivre ce travail collectif, il faudra que l’association DAJA trouve un financement ; ce qui n’est pas évident actuellement car le type de démarche que nous défendons n’entre dans aucune des « cases » établies par les institutions culturelles.

Pour DAJA

Martine Derrier