Histoire du peuplement des quartiers populaires

Présentation de l’exposition

Histoire du peuplement des quartiers populaires

Panneau 1 : Vieux quartiers du centre

Les traces des grandes étapes du développement des villes françaises se lisent encore dans l’espace urbain d’aujourd’hui. La plupart d’entre elles ont grandi initialement à l’intérieur de murs d’enceinte que l’on peut toujours admirer dans les vieilles cités historiques, comme Avignon, Aigues-Mortes ou Carcassonne. A la fin du XVIIIe siècle, la France ne compte que 28 millions d’habitants et 85% d’entre eux vivent à la campagne. Les plus grandes villes de province (comme Lyon, Marseille ou Bordeaux) dépassent à peine les 100 000 individus. Avec ses 650 000 habitants, Paris est perçue comme une ville monstrueuse. Elle concentre les rouages politiques, administratifs et culturels du royaume de France ; mais c’est aussi la plus grande ville ouvrière d’Europe, vers laquelle affluent les migrants de tous horizons.

Dans les villes de cette époque, les habitants s’entassent à l’intérieur de l’espace délimité par les remparts. Même si les artisans ont tendance à se regrouper par métiers dans certaines rues (cf les « canuts » dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon), la notion de « quartier populaire » n’a pas encore vraiment de sens. Chaque pâté de maison est un microcosme offrant un échantillon complet de la société urbaine.

 

Panneau 2 : la ville-usine et les faubourgs

Au XIXe siècle, la révolution industrielle bouleverse le paysage urbain. Le développement des moyens de transport (machine à vapeur et chemin de fer) et la construction des premières grandes usines provoquent une accélération de l’exode rural.

Les nouvelles entreprises capitalistes recrutent en masse des ouvriers qui ne trouvent pas de logement sur place. Pour répondre à cette forte demande, deux types d’urbanisme font leur apparition.

Dans les faubourgs des grandes villes, naissent de nouveaux quartiers populaires. Les propriétaires de terrains construisent des habitations sommaires, jouxtant les usines, destinées à la location. Une bonne illustration de ce type d’urbanisme est fournie par les « courées » de Lille ou de Roubaix ; alignement de petites maisons en rez de chaussée, jointives et disposées de part et d'autre d'une cour-chemin.

Lorsque les usines se développent dans des zones rurales, les patrons cherchent à fixer la main d’œuvre en construisant eux-mêmes des logements. L’exemple-type est celui du Creusot, ville industrielle construite de toute pièce par les maîtres de forge (les frères Schneider) pour s’assurer un contrôle total sur leurs ouvriers.

 

Panneau 3 : banlieues industrielles

Une nouvelle étape dans l’histoire des quartiers populaires débute à la fin du XIXe siècle, avec la deuxième révolution industrielle. Dans le Nord et en Lorraine, régions où se développent l’industrie lourde (charbon, chimie, sidérurgie), les patrons optent pour le modèle des villes-usines en construisant des cantines et des cités ouvrières qui accueillent surtout des travailleurs immigrés (principalement Belges, Italiens et Polonais).

Les constructions mécaniques (notamment l’industrie automobile) s’implantent surtout à la périphérie des grandes villes comme Paris ou Lyon, là où la main d’œuvre est abondante.

C’est à ce moment-là que nait la « banlieue », au sens actuel du terme. L’Etat commence alors à se préoccuper de la question du logement populaire (loi Loucheur de 1928), mais la logique libérale reste dominante, en raison notamment de la passivité des municipalités.

La ségrégation entre quartiers riches et quartiers pauvres, née au milieu du XIXe siècle, se renforce. A Paris, les classes aisées vivent désormais dans les quartiers huppés situés de l’ouest, alors que les classes populaires se concentrent à l’est près des ateliers et des usines.

 

Panneau 4 : Foyers, garnis, cités de transit. Nouvelles formes d'habitat précaire.

En France, la résistance des petits paysans refusant le déracinement a longtemps freiné l’exode rural. C’est seulement dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale que celui-ci prend toute son ampleur.

La reconstruction du pays et le « boom » économique qui la suit provoque un formidable développement des villes. Entre 1946 et 1975, la population totale de la France augmente rapidement (de 40 millions à 55 millions d’habitants) et le taux d’urbanisation passe de 50 à 75%. Aux effets de l’exode rural s’ajoute l’arrivée de nouveaux immigrants (venus surtout du Portugal, d’Algérie et du Maroc) recrutés en masse comme manœuvre ou OS dans les grandes usines.

Comme rien n’a été prévu pour accueillir tous ces travailleurs, ils s’entassent dans les logements vétustes de centre ville, dans les garnis et les foyers loués par les « marchands de sommeil ». Les bidonvilles se multiplient autour des grandes villes industrielles.

La question du logement devient un enjeu politique majeur, illustré par l’action de l’abbé Pierre, un jeune prêtre qui a fondé le mouvement Emmaüs en 1949. L’appel qu’il lance le 1er février 1954, après la mort de plusieurs sans abris, rencontre un profond écho dans l’opinion.

 

Panneau 5 : naissance des grands ensembles

En 1945, le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU) engage un programme de constructions de HLM (Habitations à Loyer Modéré). Mais la politique urbaine débute véritablement au milieu des années 1950 avec les premiers « grands ensembles ».

Privilégiant les critères du moindre coût et de la rapidité d’exécution, les architectes multiplient les tours et les barres d'immeubles réunissant plusieurs milliers de logements dans lesquelles vivent des dizaines de milliers de personnes. Structurés par l'autoroute et le supermarché, ces nouveaux quartiers sont en phase avec la « civilisation de l'automobile », qui entérine la séparation entre le lieu de résidence et le lieu de travail.

Ces logements adoptent les normes du confort moderne. Au départ, ils sont réservés aux fractions supérieures des classes populaires (employés, ouvriers qualifiés). Les familles pauvres, en majorité issues de l’immigration, qui vivaient surtout dans les bidonvilles, sont relogées dans des cités de transit.

A la fin des années 1960, la politique de la ville s’oriente vers la construction des « villes nouvelles » et des quartiers pavillonnaires. Les employés et les ouvriers qualifiés désertent alors les grands ensembles où sont relogées les familles immigrées les plus modestes.

 

Panneau 6 : le pavillon, un rêve bourgeois

Dès le XIXe siècle, les patrons soucieux de stabiliser et discipliner leur main d’œuvre avaient fait miroiter aux ouvriers le rêve de devenir propriétaires de leur maison. Au XXe siècle, l’Etat reprend cette idéologie à son compte.

C’est surtout après les événements de Mai 68 que les pouvoirs publics multiplient les initiatives allant dans ce sens. En 1969, le ministre du logement, Albin Chalandon, très hostile aux villes nouvelles, lance les « chalandonnettes » (64 000 pavillons identiques programmés en même temps, et construits le plus souvent sur des terrains agricoles déclassés).

La victoire de Valéry Giscard d’Estaing à l’élection présidentielle de 1974 marque un tournant décisif en matière d’urbanisme. Son Premier Ministre, Raymond Barre, fait voter en 1977 une loi qui rompt radicalement avec la politique antérieure de promotion et de construction de logements collectifs, au profit d’une stratégie favorisant l'accès au crédit immobilier. Ce libéralisme modifie en profondeur le paysage des banlieues en créant de nouveaux clivages opposant le peuple des locataires vivant dans les grands ensembles et le peuple des petits propriétaires habitant dans des pavillons.

 

Panneau 7 : l’embourgeoisement des centres villes

La physionomie des quartiers évolue au cours du temps en fonction de nombreux paramètres. A Paris, le quartier du Marais, habité par des aristocrates au XVIe siècle, est devenu un quartier populaire et insalubre aux XIXe et XXe  siècles. Depuis une vingtaine d’années, il suscite à nouveau la convoitise des classes aisées. En favorisant l’accès à la propriété au détriment du logement collectif, l’Etat a accéléré ce processus de reconquête des vieux quartiers par les classes moyennes au détriment des familles populaires. Dans la plupart des grandes villes du pays, la réhabilitation du centre a provoqué une augmentation faramineuse des prix du mètre carré. Les activités artisanales ou industrielles qui s’étaient maintenues dans ces espaces disparaissent, au profit des zones uniquement résidentielles. Cet embourgeoisement des quartiers populaires débouche sur une forme de mixité sociale résultant de « la loi du marché ». Elle provoque souvent des tensions, car les nouveaux venus imposent aux autres leurs normes en matière d’usage de l’espace et de style de vie (sécurité, hygiène, vie scolaire, culture).

 

Panneau 8 : la dégradation des grands ensembles

Depuis le début des années 1980, le « problème des banlieues » a fait constamment la une de l’actualité. La crise économique et le désengagement de l’Etat ont eu des effets dramatiques sur la population des grands ensembles. Construits à la va-vite et au moindre coût, ces logements se sont rapidement dégradés. La fuite des ménages les plus solvables a incité les gestionnaires à recruter massivement des familles nombreuses capables de payer leur loyer grâce aux allocations familiales. Les enfants des cités sont devenus des adolescents que la crise économique exclut très souvent du marché du travail.

Telles sont les grandes raisons sociales qui expliquent la montée de la délinquance et de la violence dans des cités confrontées également au trafic de drogue.

La stigmatisation de ces quartiers contribue à nourrir le racisme en jouant sur les réflexes de peur que l’on rencontre chez des familles françaises ayant le sentiment de ne plus être « chez elles ». Elle explique aussi le repli sur soi des familles immigrées qui subissent le plus souvent en silence la violence et le mépris.

 

Panneau 9 : de nouvelles formes de sociabilité

La stigmatisation des banlieues résulte aussi de l’image négative qu’en donnent les médias. Les journalistes ne parlent de ces quartiers populaires qu’à l’occasion de faits divers sanglants ou lorsque des affrontements opposent des jeunes et des policiers. Mais ces événements exceptionnels ne reflètent pas la vie quotidienne des habitants.

Quel que soit l'endroit où ils vivent, les hommes s'adaptent aux contraintes environnantes. Des liens se tissent entre les personnes, les enfants s’approprient le quartier où ils grandissent. Il faut du temps pour que cette sociabilité puisse se développer. C’est pourquoi l’enracinement et la stabilité des habitants sont des facteurs essentiels facilitant le « vivre ensemble ». Il faut également des structures sociales proches des citoyens. Le rôle joué autrefois par le parti communiste dans les « banlieues rouges » n’est plus assuré aujourd’hui par les organisations politiques, mais ces dernières ont été remplacées par une multitude d’associations qui remplissent une fonction essentielle dans l’enrichissement de la vie des quartiers, que ce soit sur le plan civique, culturel ou sportif.

 

Panneau 10: le quartier populaire, un enjeu de luttes.

Les quartiers populaires ont toujours suscité l'inquiétude des classes aisées. Le regroupement dans un même espace d’un grand nombre d’individus dont la vie quotidienne est difficile, et qui sont conscients des injustices dont ils sont victimes, a constamment favorisé les protestions et les violences collectives. En 1789, les artisans du faubourg Saint Antoine (les « Sans-Culottes ») ont joué un rôle décisif dans la prise de la Bastille. Au XIXe et au XXe siècle, les quartiers populaires ont participé activement aux mouvements sociaux qui ont secoué la France (cf. la Commune, le Front Populaire, Mai 68).

A partir des années 1970, la dépolitisation de ces quartiers a eu pour effet d’aggraver leur marginalisation sociale. Mais la médiatisation des problèmes de délinquance a contraint les pouvoirs publics à relancer la « politique de la ville ». Les interventions ciblées sur les « quartiers sensibles », et le début de réhabilitation du parc HLM, faisant appel à la participation des habitants, sont des mesures positives qui illustrent ce retour de l’Etat dans les banlieues. Mais tant que la misère et le chômage chronique continueront à sévir dans ces cités populaires, les soins apportés aux « quartiers » ne permettront pas de résoudre leurs problèmes.

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